Un superviseur GTB est le logiciel qui centralise les données des automates, affiche l’état des installations, gère les alarmes et commande les équipements depuis un point unique. Depuis le décret BACS, ses fonctions ne relèvent plus seulement du confort d’exploitation : plusieurs d’entre elles sont imposées par le Code de la construction.

Ce guide traduit chaque exigence réglementaire en clause de cahier des charges, avec la preuve à demander au moment de la réception. Il s’adresse au maître d’ouvrage, à l’exploitant ou au bureau d’études qui rédige la consultation.

Réponse courte : une supervision conforme au décret BACS enregistre les consommations par zone fonctionnelle, à un pas de temps horaire, et conserve des données mensuelles pendant cinq ans. Elle compare la performance à des valeurs de référence et signale chaque dérive énergétique à l’exploitant. Elle dialogue avec les autres systèmes et permet l’arrêt manuel des équipements.

Qu’est-ce qu’un superviseur GTB ?

Le superviseur occupe le niveau le plus haut des trois niveaux d’une architecture GTB, au-dessus des automates et des équipements de terrain. L’automate régule un équipement ; le superviseur agrège tous les automates pour offrir une vue d’ensemble et commander le bâtiment depuis un poste central.

Le ministère de la Transition écologique distingue deux briques dans un système d’automatisation et de contrôle (BACS) :

  • La régulation (BAC), qui automatise les équipements en temps réel.
  • La gestion technique (GTB), qui centralise le suivi, l’analyse et la maintenance.

Le logiciel de supervision relève de la seconde. La frontière avec la GTC tient surtout à l’optimisation énergétique, détaillée dans notre page sur la différence entre GTB et GTC.

Ce que le décret BACS impose à la supervision

L’article R175-3 du Code de la construction fixe quatre exigences fonctionnelles. Chacune se traduit directement en fonction du logiciel :

Exigence de l’article R175-3Fonction à exiger du superviseur
Suivre, enregistrer et analyser les données par zone fonctionnelle, au pas horaireAcquisition horaire des compteurs et des mesures, rattachés à des zones
Conserver les données à l’échelle mensuelle pendant cinq ansArchivage d’au moins 60 mois d’agrégats mensuels
Situer l’efficacité par rapport à des valeurs de référence et détecter les pertes d’efficacitéRéférentiels paramétrables et alertes de dérive adressées à l’exploitant
Être interopérable ; permettre l’arrêt manuel et la gestion autonomeCommunication avec les systèmes techniques ; commande manuelle depuis le poste

Le même article précise que les données appartiennent au propriétaire du système. Celui-ci les met à disposition du gestionnaire et transmet à chaque exploitant les données qui le concernent : un export par lot et par système devient donc une nécessité juridique.

Le ministère apporte une précision décisive dans sa FAQ BACS n° 13. Un logiciel qui se contente d’afficher ou d’analyser les données, sans commande automatique depuis un point centralisé, n’est pas conforme. Un simple tableau de bord énergétique ne suffit pas.

Le calendrier est détaillé dans notre dossier sur les obligations du décret BACS. Les bâtiments tertiaires existants de plus de 290 kW devaient être équipés au 1er janvier 2025. Ceux de 70 à 290 kW ont jusqu’au 1er janvier 2030, depuis le décret n° 2025-1343 du 26 décembre 2025.

Les fonctions d’exploitation à exiger

Au-delà de la conformité, l’exploitant passe ses journées dans le logiciel. Cinq fonctions forment le socle d’un outil utilisable :

  • Des synoptiques par bâtiment, étage et équipement.
  • Une gestion centralisée des alarmes et des défauts.
  • Un historique des mesures sous forme de courbes de tendance.
  • Une programmation horaire et calendaire des équipements.
  • Des droits d’accès différenciés par profil.

Alarmes : hiérarchiser avant d’afficher

Une supervision qui remonte des centaines d’alarmes par jour finit ignorée. Exigez une classification par criticité, un acquittement tracé (qui, quand) et un renvoi des alarmes critiques par e-mail ou SMS selon un planning d’astreinte. Demandez aussi la possibilité de masquer temporairement une alarme connue, avec une date d’expiration.

Historisation et programmation

Précisez la profondeur d’historique brute attendue, en plus des cinq ans d’agrégats mensuels imposés, ainsi que le format d’export. Un export en CSV ou par interface documentée évite de dépendre de l’éditeur pour la moindre analyse. Pour la programmation, prévoyez les calendriers d’exception (jours fériés, fermetures) et la dérogation ponctuelle par l’exploitant.

Suivi énergétique et détection des dérives

La détection des pertes d’efficacité est l’exigence qui sépare un outil de suivi d’un outil conforme. Le logiciel doit comparer la consommation mesurée à une valeur de référence, par usage et par zone, puis signaler l’écart à l’exploitant. Cette référence peut venir d’une étude énergétique ou des caractéristiques de chaque équipement.

Cette fonction pèse aussi sur la classe de performance. Les classes A et B de la norme NF EN ISO 52120-1 supposent des fonctions de gestion technique : alarmes, détection de défauts, suivi des consommations. Notre comparatif des classes de performance de la norme ISO 52120-1 les détaille. Le ministère retient la classe la plus faible des systèmes installés : un bon logiciel ne compense pas une régulation restée en classe C.

La fiche CEE BAT-TH-116 exige une GTB de classe A ou B. Le superviseur y contribue, mais l’éligibilité se joue sur l’ensemble du système.

Ne confondez pas cette maille de données avec la déclaration OPERAT du décret tertiaire. Celle-ci est annuelle, à déposer avant le 30 septembre de l’année suivante. Les données BACS sont horaires : elles alimentent OPERAT sans le remplacer.

Interopérabilité : ce que le contrat doit verrouiller

L’interopérabilité fait partie des obligations du décret, mais elle se joue surtout dans le contrat. Trois clauses suffisent à éviter l’essentiel des blocages :

  • La liste des protocoles pris en charge dans la licence de base (BACnet, Modbus, KNX selon le parc), sans connecteur facturé à part.
  • La remise de la base de points, des programmes et des vues graphiques en fin de marché.
  • Une interface documentée pour extraire les données sans passer par l’éditeur.

Le choix des protocoles, du serveur et des interfaces de programmation est détaillé dans nos critères de choix d’une solution GTB.

Cybersécurité du poste de supervision

Un logiciel qui pilote le chauffage, la ventilation et parfois les accès est une cible. L’ANSSI a publié en 2026 un guide de recommandations dédié à la GTB et à la GTC (ANSSI-PA-110), qui comporte 26 recommandations. Plusieurs s’écrivent directement dans un cahier des charges :

  • Une segmentation réseau qui cloisonne la GTB du réseau bureautique.
  • Un accès distant de télémaintenance uniquement par VPN.
  • Un poste d’ingénierie dédié à la configuration.
  • La journalisation des actions et la synchronisation horaire des équipements.
  • La sécurisation des échanges BACnet et Modbus.

Pour les installations neuves, interrogez les candidats sur BACnet/SC (Secure Connect). Introduite en 2019 par un addendum à la norme ASHRAE 135, cette couche chiffre les échanges en TLS et authentifie chaque équipement par certificat ; BACnet International en publie la description. Ajoutez des comptes nominatifs plutôt que des comptes partagés : c’est une bonne pratique qui rend la journalisation exploitable.

Supervision ou hypervision : quand passer au multi-sites ?

La supervision pilote un bâtiment ou un système en temps réel. L’hypervision consolide les données de plusieurs superviseurs, sites ou lots techniques (GTB, contrôle d’accès, sécurité incendie) pour un pilotage de parc.

Elle devient utile dès que vous exploitez plusieurs bâtiments équipés de marques différentes. Elle ne remplace pas les superviseurs locaux : si le cahier des charges porte sur un site unique, un accès web multi-utilisateurs suffit. Pour un parc, exigez des nomenclatures communes (zones, usages, noms de points), sans lesquelles aucune consolidation n’est possible.

Grille d’exigences pour votre cahier des charges

Chaque exigence doit être prouvée à la réception, pas seulement promise dans le mémoire technique. Les 7 lignes suivantes couvrent le décret BACS, la cybersécurité et l’inspection.

ExigenceClause à écrirePreuve à la réception
Données horaires par zoneAcquisition au pas horaire, zones fonctionnelles listéesExport d’une journée de données par zone
Historique de cinq ansAgrégats mensuels conservés au moins 60 moisParamétrage de la rétention visible
Détection des dérivesRéférence par usage, alerte à l’exploitantDérive simulée et alerte reçue
Commande centraliséeArrêt manuel et reprise automatique depuis le posteTest d’arrêt et de reprise sur un équipement
Propriété des donnéesExport ouvert, transmission par systèmeFichier d’export remis au maître d’ouvrage
CybersécuritéCloisonnement, VPN, journalisationSchéma réseau et extrait de journal
Dossier d’inspectionArchitecture, analyse fonctionnelle, liste des points, attestation de formationDossier remis avant la réception

La dernière ligne prépare l’inspection périodique, obligatoire au plus tous les cinq ans selon l’arrêté du 7 avril 2023. Le Code impose aussi des vérifications périodiques suivant des consignes écrites et la formation de l’exploitant au paramétrage : intégrez-les au marché de maintenance de la GTB. Pour rédiger ces clauses vous-même, notre formation à la rédaction d’un CCTP GTB reprend la méthode pas à pas.

Questions fréquentes

Quelle différence entre un superviseur et un automate GTB ?

L’automate exécute la régulation locale d’un équipement, par exemple une centrale de traitement d’air. Le superviseur rassemble les données de tous les automates, les historise et permet de commander l’ensemble depuis un poste central.

Un superviseur propriétaire est-il un mauvais choix ?

Pas forcément, à condition que le contrat garantisse l’export des données, la remise de la base de points et le support de protocoles ouverts. Le risque tient à la dépendance, pas à la marque.

Le superviseur suffit-il pour obtenir la prime CEE ?

Non. La fiche BAT-TH-116 exige un système de classe A ou B selon la norme NF EN ISO 52120-1, et la classe retenue est celle du système le moins performant. Le logiciel de supervision y contribue sans la garantir seul.

Faire relire votre cahier des charges

Un superviseur GTB conforme se reconnaît à trois choses. Il commande les équipements au lieu de se contenter d’afficher. Il conserve et restitue les données exigées par le décret BACS. Il laisse enfin au propriétaire la maîtrise de ses données. Si votre consultation est en cours de rédaction, nos ingénieurs peuvent relire vos exigences de supervision avant publication.


Sources officielles

Rédigé et vérifié par

Sébastien Moreau

Ingénieur Génie Climatique & Automatisme du Bâtiment