La norme ISO 52120-1:2022 — désignée NF EN ISO 52120-1 dans sa version française homologuée par l’AFNOR — constitue aujourd’hui le référentiel technique incontournable pour la classification des systèmes de Gestion Technique du Bâtiment. Publiée en 2022, elle remplace l’ancienne norme européenne EN 15232 (connue aussi sous l’appellation norme NF EN 52120) et s’impose comme la référence pour l’éligibilité aux CEE et la conformité au décret BACS.
Dans ce guide technique, nous détaillons le contenu de la norme ISO 52120-1, les quatre classes de performance, les différences avec l’EN 15232 et les implications pratiques pour vos projets GTB.
Présentation de la norme ISO 52120-1
Origine et contexte
La norme ISO 52120-1:2022 (titre complet : “Performance énergétique des bâtiments — Contribution de l’automatisation, de la régulation et de la gestion technique du bâtiment — Partie 1 : Cadre général et procédures”) fait partie de la série de normes ISO 52000 sur la performance énergétique des bâtiments.
Elle a été élaborée dans le cadre du mandat M/480 de la Commission européenne visant à harmoniser les méthodes de calcul de la performance énergétique des bâtiments au niveau international.
Objectifs de la norme
La norme ISO 52120-1 vise à :
-
Classifier les systèmes de GTB selon leurs fonctionnalités et leur contribution à l’efficacité énergétique
-
Quantifier l’impact des systèmes d’automatisation sur les consommations énergétiques des bâtiments
-
Harmoniser les méthodes d’évaluation au niveau international
-
Guider les maîtres d’ouvrage et concepteurs dans le choix des fonctionnalités GTB
Structure du document
La norme ISO 52120-1 s’organise en plusieurs parties :
- Domaine d’application : définit les bâtiments et systèmes concernés
- Termes et définitions : vocabulaire normalisé
- Description des fonctions de BACS : liste exhaustive des fonctionnalités GTB
- Classification des fonctions : affectation aux classes A, B, C, D
- Méthode de calcul : facteurs d’impact énergétique
- Annexes : tableaux détaillés par type de bâtiment
Les quatre classes de performance GTB
Vue d’ensemble
La norme définit quatre classes de systèmes GTB, de la plus performante (A) à la moins performante (D) :
| Classe | Dénomination | Description |
|---|---|---|
| A | Haute performance énergétique | Système avec régulation individuelle et fonctions d’optimisation avancées |
| B | Performance énergétique avancée | Système avec régulation par zone et optimisation de base |
| C | Performance énergétique standard | Système avec régulation centrale sans optimisation |
| D | Non performant énergétiquement | Absence de régulation automatique |
Classe A : Haute performance énergétique
La classe A correspond au niveau le plus élevé de performance. Un système classe A doit intégrer :
Chauffage :
- Régulation individuelle par pièce avec communication
- Détection automatique des fenêtres ouvertes
- Programmation horaire par pièce
- Optimisation des intermittences (relance anticipée)
- Gestion des demandes (effacement, délestage)
- Optimisation du générateur avec séquencement prédictif
Climatisation :
- Régulation individuelle par pièce
- Verrouillage chauffage/refroidissement intégré
- Free-cooling automatique
- Optimisation de la température de départ
- Gestion des charges partielles
Ventilation :
- Régulation par zone selon la demande (DCV)
- Contrôle du débit d’air par détection de présence ou CO2
- Récupération de chaleur avec bypass automatique
- Programmation horaire synchronisée avec l’occupation
Éclairage :
- Détection automatique de présence
- Gradation selon la lumière naturelle (daylight harvesting)
- Gestion automatique des stores selon l’ensoleillement
Gestion technique :
- Détection des défauts et diagnostic
- Reporting énergétique avec indicateurs de performance
- Amélioration continue basée sur les données
Classe B : Performance énergétique avancée
La classe B représente un bon niveau de performance, suffisant pour la conformité réglementaire :
Chauffage :
- Régulation individuelle par pièce (sans communication systématique)
- Programmation horaire par zone
- Optimisation des intermittences
- Optimisation du générateur (cascade, priorités)
Climatisation :
- Régulation par zone
- Verrouillage chauffage/refroidissement
- Free-cooling avec seuils fixes
- Programmation horaire
Ventilation :
- Programmation horaire
- Régulation du débit par zone
- Récupération de chaleur
- Contrôle de la qualité d’air
Éclairage :
- Détection de présence par zone
- Programmation horaire
- Gradation possible
Gestion technique :
- Suivi des consommations énergétiques
- Historisation des données
- Alarmes techniques
Classe C : Performance standard
La classe C correspond à une automatisation basique :
Chauffage :
- Régulation centrale (pas individuelle par pièce)
- Programmation horaire centralisée
- Pas d’optimisation des intermittences
Climatisation :
- Régulation centrale
- Pas de verrouillage automatique chauffage/refroidissement
Ventilation :
- Fonctionnement à débit constant
- Programmation horaire simple
- Récupération de chaleur sans modulation
Éclairage :
- Commande manuelle
- Éventuellement programmation horaire
Classe D : Non performant
La classe D correspond à l’absence de système de régulation automatique :
- Réglage manuel des équipements
- Pas de programmation
- Pas de suivi des consommations
Note : La classe D est incompatible avec les exigences réglementaires actuelles pour les bâtiments tertiaires de plus de 70 kW.
Tableaux détaillés des fonctions
Fonctions de régulation du chauffage
| Fonction | Classe D | Classe C | Classe B | Classe A |
|---|---|---|---|---|
| Régulation de l’émission | Pas de régulation automatique | Régulation centrale | Régulation par pièce | Régulation par pièce communicante |
| Détection fenêtre ouverte | Non | Non | Non | Oui avec coupure auto |
| Programmation horaire | Non | Centrale | Par zone | Par pièce |
| Optimisation intermittences | Non | Non | Oui | Oui avec adaptation |
| Régulation distribution | Non | Compensation en T° ext. | + Optimisation départ | + Adaptation dynamique |
| Régulation production | On/Off | Compensation T° ext. | Optimisation séquence | Séquencement prédictif |
Fonctions de régulation de la climatisation
| Fonction | Classe D | Classe C | Classe B | Classe A |
|---|---|---|---|---|
| Régulation de l’émission | Pas de régulation | Centrale | Par zone | Par pièce |
| Verrouillage Ch/Fr | Non | Partiel | Oui | Oui total |
| Free-cooling | Non | Manuel | Automatique fixe | Auto adaptatif |
| Programmation | Non | Oui | Par zone | Par pièce |
| Optimisation générateur | Non | Compensation | Cascade | Prédictive |
Fonctions de régulation de la ventilation
| Fonction | Classe D | Classe C | Classe B | Classe A |
|---|---|---|---|---|
| Contrôle débit air | Pas de contrôle | Horaire constant | Par zone | À la demande (DCV) |
| Contrôle soufflage | Non | Constant | Variable | Variable optimisé |
| Récupération chaleur | Non | Sans contrôle | Marche/arrêt | Modulation bypass |
| Qualité d’air | Non | Non | Centrale | Par zone CO2 |
Fonctions de gestion de l’éclairage
| Fonction | Classe D | Classe C | Classe B | Classe A |
|---|---|---|---|---|
| Commande | Manuelle | Horaire | + Présence zone | + Présence pièce |
| Gradation | Non | Non | Oui | + Lumière naturelle |
| Stores | Manuel | Horaire | Auto ensoleillement | Auto + anti-éblouissement |
Comparaison ISO 52120-1 vs EN 15232
Principales évolutions
La norme ISO 52120-1 reprend largement le contenu de l’EN 15232 mais apporte plusieurs améliorations :
| Aspect | EN 15232 | ISO 52120-1 |
|---|---|---|
| Portée | Européenne | Internationale |
| Référencement | Standard EN | Standard ISO |
| Méthode calcul | Facteurs fixes | Facteurs par climat |
| Granularité | 4 classes | 4 classes (critères affinés) |
| Bâtiments industriels | Peu traités | Mieux couverts |
| Mise à jour | 2017 | 2022 |
Continuité pratique
En pratique, pour la plupart des projets GTB tertiaires, le passage de l’EN 15232 à la NF EN ISO 52120-1 ne modifie pas fondamentalement l’approche :
- Les quatre classes (A, B, C, D) sont conservées
- Les critères de classification sont très similaires
- Les exigences réglementaires (classe B minimum) restent les mêmes
Les évolutions portent principalement sur :
- Une meilleure prise en compte des spécificités climatiques
- Des coefficients de calcul affinés pour certains types de bâtiments
- Une harmonisation internationale facilitant les projets multi-pays
Impact sur les projets en cours
Si vous avez un projet GTB en cours avec des spécifications basées sur l’EN 15232 :
- Les classes visées restent valides (une classe B EN 15232 reste une classe B ISO 52120-1)
- Les fonctionnalités requises sont équivalentes
- Les attestations de conformité doivent désormais référencer l’ISO 52120-1
Recommandation : Pour tout nouveau projet, utilisez systématiquement la référence ISO 52120-1:2022.
Implications réglementaires
Décret BACS
Le décret BACS exige l’installation d’un système GTB conforme à la norme ISO 52120-1 pour les bâtiments tertiaires dépassant les seuils de puissance :
| Seuil de puissance | Échéance | Classe minimum |
|---|---|---|
| > 290 kW | 1er janvier 2025 | B |
| 70 - 290 kW | 1er janvier 2030 | B |
La classe A n’est pas obligatoire mais permet d’obtenir de meilleures performances et un financement CEE bonifié.
Certificats d’Économies d’Énergie
La fiche BAT-TH-116 des CEE impose explicitement la référence ISO 52120-1 :
- Classe B minimum pour être éligible
- Classe A : coefficient multiplicateur de 1.3 (+30% de primes)
L’attestation de conformité ISO 52120-1 délivrée par l’intégrateur est un document obligatoire du dossier CEE.
Décret Tertiaire
Bien que le décret tertiaire ne cite pas explicitement la norme ISO 52120-1, la GTB constitue un levier majeur pour atteindre les objectifs de réduction des consommations (-40% en 2030, -50% en 2040, -60% en 2050).
Un système GTB de classe A ou B permet de justifier les actions d’amélioration sur la plateforme OPERAT.
Méthode de classification d’un système
Approche par fonction
Pour déterminer la classe d’un système GTB, on analyse chaque fonction individuellement :
- Identifier toutes les fonctions présentes dans le système
- Classifier chaque fonction selon les tableaux de la norme
- Déterminer la classe globale par domaine (chauffage, climatisation, ventilation, éclairage)
- Établir la classe finale du système
Règle de détermination de la classe
La classe globale d’un système est déterminée par la fonction la moins performante au sein de chaque lot technique :
Exemple : Un système de chauffage avec :
- Régulation par pièce : Classe A
- Programmation par zone : Classe B
- Pas d’optimisation des intermittences : Classe C
➜ Classe chauffage : C (fonction la moins performante)
Pour atteindre la classe B, il faudrait ajouter l’optimisation des intermittences.
Attestation de conformité
À l’issue d’un projet GTB, l’intégrateur doit fournir une attestation de conformité ISO 52120-1 qui :
- Identifie le bâtiment et le périmètre technique couvert
- Liste les fonctions GTB installées
- Indique la classe atteinte pour chaque lot technique
- Précise la classe globale du système
- Est signée par un responsable technique qualifié
Ce document est exigé pour :
- Le dossier CEE BAT-TH-116
- La justification de conformité au décret BACS
- Les audits de conformité BACS
Facteurs d’économie par classe
La norme ISO 52120-1 fournit des facteurs permettant d’estimer les économies d’énergie selon la classe :
Bâtiments de bureaux
| Passage de classe | Économie chauffage | Économie climatisation | Économie électrique |
|---|---|---|---|
| D → C | 10% | 8% | 6% |
| D → B | 25% | 20% | 15% |
| D → A | 35% | 30% | 22% |
| C → B | 17% | 13% | 10% |
| C → A | 28% | 24% | 17% |
| B → A | 13% | 13% | 8% |
Variations selon le type de bâtiment
Les facteurs varient selon l’usage du bâtiment :
| Type | Économie D→A (chauffage) | Économie D→A (clim) |
|---|---|---|
| Bureaux | 35% | 30% |
| Commerce | 30% | 35% |
| Enseignement | 38% | 28% |
| Santé | 25% | 25% |
| Hôtellerie | 32% | 28% |
Note : Ces facteurs sont des moyennes. Les économies réelles dépendent fortement de l’état initial du bâtiment et de la qualité de l’exploitation.
Recommandations pratiques
Pour les maîtres d’ouvrage
-
Visez la classe B minimum pour être conforme au décret BACS et éligible aux CEE
-
Évaluez l’intérêt de la classe A : le surcoût est souvent compensé par les économies d’énergie et la bonification CEE de 30%
-
Exigez l’attestation ISO 52120-1 dans le cahier des charges et à la réception des travaux
-
Vérifiez les fonctionnalités une par une : un système incomplet peut faire basculer la classe
Pour les bureaux d’études
-
Utilisez les tableaux de la norme pour spécifier les fonctionnalités requises par lot technique
-
Prévoyez une marge de sécurité : intégrez des fonctions légèrement au-dessus du strict nécessaire
-
Documentez la classification dans le CCTP avec référence explicite à la norme ISO 52120-1
-
Anticipez les évolutions : un système évolutif pourra passer de classe B à classe A ultérieurement
Pour les intégrateurs
-
Maîtrisez la norme : la classification correcte engage votre responsabilité
-
Formalisez l’attestation : utilisez un modèle structuré référençant chaque fonction
-
Conservez les preuves : paramétrages, screenshots, rapports de mise en service
-
Accompagnez l’exploitant : les fonctionnalités doivent être effectivement utilisées pour générer les économies attendues
Conclusion
La norme ISO 52120-1:2022 est désormais la référence incontournable pour tout projet de GTB en France. Elle définit les critères objectifs permettant de classifier les systèmes et de justifier leur conformité aux exigences réglementaires.
Pour les bâtiments tertiaires soumis au décret BACS, atteindre la classe B est une obligation. La classe A, bien que facultative, offre de meilleures performances énergétiques et une bonification des primes CEE.
Avant de lancer votre projet, nous vous recommandons de consulter un intégrateur GTB qualifié qui pourra vous accompagner dans le choix des fonctionnalités et garantir l’atteinte de la classe visée.
Articles connexes :
Références normatives :
- ISO 52120-1:2022 - Organisation internationale de normalisation
- EN 15232-1:2017 - Comité Européen de Normalisation (remplacée)
- Décret BACS - Legifrance